La Banque centrale égyptienne a annoncé jeudi 3 novembre 2016 sa décision de laisser la livre égyptienne se gérer par les mécanismes de l’offre et de la demande sur le marché monétaire. A la suite de cette annonce, la monnaie égyptienne s’échangeait au taux officiel de 13 unités pour 1$, soit une dévaluation d’environ 48% sur le cours précédent.

Le pays se relève péniblement de sa crise socio-politique (printemps arabes) de 2011 et fait face à une crise économique qui s’est aggravée suite à une crise monétaire, en rapport à la baisse de ses revenus en devises. Une situation qui est survenue du fait du repli des prix du pétrole et des activités touristiques, négativement impactés par différents facteurs d’insécurité. Or dans ce contexte, la demande en ressources importées a poursuivi une tendance contraire à celle des réserves de change (de 19 milliards $ à la fin septembre 2015, soit 50% de moins qu’en 2011).

Il en a résulté l’explosion des taux de change sur le marché parallèle, où la livre égyptienne s’échangeait la semaine dernière à un taux record de 16 pour 1 $, soit un écart de près de 100% sur le taux officiel précédent (8,8 LE contre 1$).

Face à cette situation, le FMI avec lequel l’Egypte est en cours de finalisation d’un appui de 12 milliards $, a fortement suggéré une dévaluation rapide de la monnaie, comme solution à cette crise monétaire.

Selon certains observateurs de l’économie égyptienne, les arbitrages ont été difficiles pour la Banque centrale, car l’un des effets immédiats de la dévaluation est très souvent la hausse de l’inflation. Or, en vue de se conformer aux exigences du FMI, le gouvernement du président Abdel Fatah el Sissi a déjà pris un ensemble de mesures peu populaires. Les subventions ont été réduites et une nouvelle TVA a été introduite, toutes choses qui pèsent déjà très lourd sur le pouvoir d’achat des ménages.

Le gouvernement égyptien souhaitait ainsi une dévaluation maitrisée, qui serait soutenue par des réserves de change améliorées, afin d’avoir les moyens de contenir une envolé de l’inflation. Grâce à ses riches pays voisins du golfe qui déposaient des milliards $ dans ses coffres, l’Egypte est parvenue à maintenir les équilibres durant ces deux dernières années. Mais ces sponsors, notamment l’Arabie Saoudite, sont désormais eux-mêmes en difficultés, face à la baisse persistante des prix du pétrole et la difficulté pour les gros producteurs, de trouver un accord de réduction de production.

Le pays a donc envisagé des solutions alternatives. Un eurobond de 2 milliards $ est annoncé pour ce mois de novembre, de même qu’un prêt à la Chine. Mais face à la crise persistante sur le marché monétaire, les autorités égyptiennes, avec une marge de manœuvre étroite, ne semblaient plus avoir d’autres choix que de dévaluer leur monnaie, avant de recevoir les premiers décaissements du FMI.

Selon des sources proches de la banque centrale d’Egypte, il serait prévu une injection exceptionnelle de 4 milliards $ à la suite de cette dévaluation, mais l’information n’a pas été confirmée officiellement.

La tendance des prix sur les marchés des biens et services est donc à suivre. Sur l’Egyptian Exchange, les investisseurs ont accueilli favorablement cette nouvelle. L’EGX 30, l’indice qui regroupe les 30 premières capitalisations de ce marché financier, a bondi de 8,25% à l’ouverture, avant de se stabiliser à +5,03% en milieu de journée.

Idriss Linge – agence Ecofin

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