Dans ses perspectives ajustées de l’économie mondiale publiées ce mardi 3 mai 2016, le Fonds Monétaire International relève que la croissance du crédit au secteur privé a ralenti dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne depuis le début de l’année. « Ce phénomène récent est examiné par rapport à la rapide croissance que le crédit à connu sur la période 2010–13, lorsque les cours des matières premières étaient orientés à la hausse et que les conditions de financement étaient favorables » explique l’institution dans son rapport.

 

Dans le détail, le FMI relève trois types de situations. Certains pays non exportateurs de ressources naturelles comme le Sénégal, le Kenya, le Togo et le Mozambique, présentent des risques liés à la croissance rapide du crédit qui a été  supérieure à ce que les considérations structurelles sembleraient justifier et qui, à terme, pourraient peser sur la stabilité financière de ces pays. Au Kenya, le système bancaire commence déjà à être ébranlé, plombé par la réduction des marges en raison d’un marché saturé et d’une hausse persistante des créances douteuses.

 

Dans la plupart des pays exportateurs de ressources naturelles, la croissance rapide du crédit était liée à un processus de rattrapage. La plupart des pays concernés partaient d’une situation où le crédit bancaire était faible vers une amélioration plus positive. Dans deux d’entre eux seulement (Mali, Niger), elle a été supérieure à ce qu’auraient justifié les caractéristiques structurelles.

 

Enfin, il reste un certain nombre de pays où les progrès sont insuffisants en matière d’approfondissement financier et où la croissance du crédit est inférieure à la tendance et au niveau que sembleraient recommander les caractéristiques structurelles.

 

Les choses ne devraient pas s’améliorer sur le court terme, car l’institution de supervision de la finance internationale prévoit désormais une croissance de 3% en 2016, contre 3,4% au terme de l’année 2015. Pour les pays exportateurs de pétrole, cette croissance devrait être de seulement 2,2%. Les pays à faibles revenus, hors Etats fragiles, connaîtront une croissance du PIB de l’ordre de 5,8% et les pays fragiles auront une progression de 4,8%.

 

Le FMI pense que cette courbe peut être inversée, mais pour cela il faudrait que les gouvernements d’Afrique subsaharienne acceptent de changer de cap, en mobilisant des ressources locales et en se montrant plus efficients dans l’allocation des ressources collectées.

 

Mais les défis sont nombreux et les besoins immenses. L’Afrique subsaharienne qui concentre une bonne majorité des 1,2 milliard d’habitants que compte le continent possède encore un tissu productif faible, largement dominé par des capitaux étrangers, et une faible intégration régionale réduisant les possibilités des gains d’échelle.

 

Dans ce contexte, les points de croissance sont tirés par une consommation dépendant en grande partie des importations, ce qui se traduit dans les indicateurs par une croissance très faible du produit Intérieur Brut par habitant (+0,6%), une épargne nationale brute en repli à seulement 13,4%, un solde budgétaire moyen déficitaire de -4,6%, et enfin un renforcement du déficit commercial négatif des biens de -3,4%. Par ailleurs le PIB ainsi présenté n’indique pas la qualité des produits, de l’environnement ou le type de biens qui caractérisent les économies de la région.

 

 

Idriss Linge

 

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