Jamais la note donnée par Standard & Poor’s n’aura été aussi importante pour l’Afrique du sud, que celle attendue le 2 décembre 2016. Fitch et Moody’s se sont déjà prononcé, en maintenant le profil émetteur de l’économie la plus industrialisée d’Afrique subsaharienne, à quelques notes au-dessus du statut d’indésirable (Junk Status), mais en en dégradant les perspectives de « Stables » à « Négatives ».

Standard & Poor’s dans sa dernière note avait déjà placé la note sud-africaine sous perspectives négatives, expliquant qu’elle attendait des réformes concrètes dans la politique économique. Elle n’a donc pas la même marge que ses paires, si elle veut exprimer de nouvelles inquiétudes. Vendredi 26 novembre 2016, elle a dégradé la note de l’entreprise publique de production énergétique Eskom, de « BB+ » à « BB », ramenant ses perspectives de « Stables » à « Négatives ». L’agence américaine de notation justifiait cette position par les faiblesses structurelles, mais aussi par l’incapacité du gouvernement (principal actionnaire), à intervenir efficacement pour soutenir le remboursement de ses dettes.

Cette position laisse craindre une dégradation de la note souveraine sud-africaine. Pravin Gordhan (photo), le très respecté ministre sud-africain des finances, est monté au créneau en fin de semaine dernière, pour dire que les défis politiques devraient s’estomper rapidement, et que toute l’attention doit être portée sur l’objectif d’éviter une sévère dégradation de sa note.

Mais la dynamique des guerres de faction au sein de l’African National Congress (ANC), le parti au pouvoir, semble difficile à enrayer. La situation du président Zuma, sous le coup de nombreuses accusations, devient de moins en moins tenable. Pas moins de 783 charges de corruption pèsent sur lui. Trois ministres ont appelé à sa démission et le principal syndicat sud-africain a apporté son soutien à Cyril Ramaphosa, son vice-président, pour le remplacer.

Pour la plupart des syndicats, l’heure est à la revendication de hausses salariales et l’annonce d’un salaire minimum garanti ne parvient pas encore à calmer la grogne. Par ailleurs, un groupe d’Afrikaneers (descendants de colonies de populations blanches ayant dominé durant l’apartheid) est monté au créneau dans la capitale Pretoria, pour répondre à ce que ses membres qualifient d’attaque à leur héritage et à leur culture. Ils promettent désormais de répondre coups pour coups à Julius Malema, le leader du mouvement « pour la liberté économique » des Sud-africains noirs.

Or le gouvernement sud-africain n’a vraiment pas besoin d’une dégradation de sa note par Standard & Poor’s, d’autant que l’ensemble des acteurs sociaux se sont engagés dans un processus de relance de la croissance. Le budget 2016/2017 présente un déficit de 165 milliards de rands (11,9 milliards $) et une mauvaise note ferait grimper le coût de son endettement, réduisant d’autant les marges de manœuvre dans l’exécution de la dépense publique.

Dans la publication de son Original Sin Idriss, qui mesure la solidité interne de certaines économies émergentes face aux facteurs extérieurs, Standard & Poor’s relevait, le 10 novembre, que 35,6% des obligations et des actions sud-africaines était contrôlées par des investisseurs étrangers dont le retrait entrainerait de facto une dévaluation du Rand (qui résiste encore bien) et une hausse des taux d’intérêts. Deux hypothèses très négatives pour la croissance.

Malgré ces alertes, plusieurs investisseurs veulent croire que l’agence de notation ne prendra pas une décision dommageable. Les organisations d’hommes d’affaires se montrent optimistes et pensent que Moody’s et Fitch ont tracé le chemin. Dan Majtila, le patron de la Public Investment Corporation qui gère 130 milliards d’actifs pour le compte des retraités de la fonction publique sud-africaine, a expliqué que « tout ce qu’il y a lieu de faire, c’est de respecter les engagements pris ». Enfin Rian Le Roux, économiste en chef chez Old Mutual Investment Group salue les efforts consentis et espère que cela suffira pour Standard and Poor’s.

Le Johannesburg Stock Exchange a débuté mardi 29 novembre sur une très légère baisse de 0,01% de son principal indice. L’indice des 40 premières capitalisations de ce marché était en recul de 0,04% et, signe que les investisseurs se positionnent déjà en mode refuge, l’indice qui regroupe les sociétés aurifères était en hausse de 1,4%.

Idriss Linge à Johannesburg – Agence Ecofin

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