Oscar Onyema (photo) est le DG du Nigeria Stock Exchange et président de l’Association des Marchés Financiers Africains. Dans un entretien avec l’Agence Ecofin, il s’est confié sur la situation du marché financier nigérian et sur les projets plus globaux au niveau de l’ASEA.

 

Agence Ecofin : Le Nigéria traverse des moments difficiles sur le plan économique et cela a eu impact négatif sur le Nigeria Stock Exchange dont vous êtes le Directeur Général. En un mot quel est l’état de santé de votre marché financier actuellement?

Oscar Onyema : Nous devons effectivement nous situer dans ce contexte global, qui est marqué par le ralentissement des activités au sein de la plupart des économies du monde. Il y a aussi eu cette attitude attentiste des investisseurs notamment occidentaux, qui suivaient la progression de la politique d’assouplissement quantitative menée par les Etats-Unis d’Amérique, et se retenaient d’engager des fonds sur des marchés émergents ou des marchés frontières comme les nôtres. Enfin, la Chine qui a toujours été une locomotive du business des matières premières en Afrique a aussi été secouée. Donc lorsqu’on prend tous ces paramètres en considération, je pense que le Nigeria Stock Exchange qui se ressaisit en ce troisième trimestre a plutôt bien résisté.

 

Agence Ecofin : Entre la fin de l’année dernière et aujourd’hui, vous avez conduit des campagnes d’informations auprès des investisseurs, notamment à Londres et à Singapour. Est-ce qu’on peut s’attendre à voir des investisseurs d’autres régions arriver sur votre marché pour justement limiter la dépendance vis-à-vis de ceux basés en Occident ?

Oscar Onyema : Les intérêts des investisseurs varient fortement. Il y en a qui sont en quête de nouvelles opportunités et il y a ceux qui cherchent à préserver des acquis existants. Je peux vous dire que Londres est le lieu de présence de la plupart de nos investisseurs étrangers. Ces derniers représentent 66% des placements étrangers sur le Nigeria Stock Exchange. Il est donc important pour nous de garder une relation proche avec les gestionnaires de portefeuilles qui s’y trouvent, de s’assurer qu’ils comprennent bien la dynamique dans laquelle nous nous trouvons et de conserver leur confiance. Pour ce qui est de la tournée en Asie, elle visait à nous ouvrir de nouvelles opportunités, pas seulement pour le marché, mais aussi pour les compagnies cotées et notre communauté de sociétés de bourse. Il était donc question pour nous de dire aux Asiatiques que nous sommes là et que nous sommes disposés à faire des affaires avec eux.

 

Agence Ecofin : En 2013 vous nous avez fait part des projets du NSE, notamment l’introduction de nouveaux produits financiers et aussi la dynamisation du compartiment des Petites et Moyennes Entreprises. On a vu arriver les fonds négociés en bourse au rang de nouveaux produits, mais pour ce qui est des PME cela semble être le statu quo, quel commentaire faites vous à ce sujet ?

Oscar Onyema : Effectivement les produits financiers dérivés comme les fonds indiciels négociés en bourse sont en train de véritablement décoller sur notre marché. Nous en sommes aujourd’hui à pratiquement sept d’entre eux qui y sont cotés. Par contre, les introductions en bourse ont connu des difficultés cette année je le reconnais, surtout lorsqu’on se positionne par rapport à l’année dernière où nous avons mieux fait. Pour ce qui est du compartiment des petites et moyennes entreprises,  c’est vraiment un gros défi. Une étude a été menée sur ces types de marchés dans le monde. Il ressort qu’il est vraiment difficile pour ces entreprises de se conformer aux exigences des marchés financiers. Nous sommes en train de réfléchir actuellement sur les changements que nous pourrions apporter pour leur permettre une introduction plus facile sur le marché financier, mais aussi pour s’assurer qu’elles sont attractives pour les investisseurs.

 

Agence Ecofin : Vous êtes aussi devenu entre temps le président de l’Association des Marchés financiers d’Afrique, avec une première année assez difficile. Toutefois, cette organisation avait des projets, notamment la mise en place d’un indice unique et certains autres, où en est-on avec ceux-ci ?

Oscar Onyema : J’achève ma première année à la tête de l’ASEA, et il y a effectivement des initiatives qui ont débuté bien avant que je n’en devienne le président. Il y a notamment ce projet d’indice panafricain et l’ambition de le proposer à un large panel d’investisseurs. Il y a aussi le projet qui vise à voir la Banque Africaine de Développement procéder à des introductions multiples de ses emprunts obligataires sur les marchés africains. Nous travaillons à faire avancer ces projets. Avec mes collègues responsables des marchés financiers en Afrique, nous réfléchissons aussi sur la possibilité de connecter nos plateformes. Il est question de voir si cela va générer plus de liquidité  sur des places financières africaines qui auront le statut de hub, avec pour objectif d’ouvrir les marchés à plus d’investisseurs africains. Dans le cadre de l’ASEA, nous avons aussi des discussions au plus haut niveau avec les responsables de la Banque Africaine de Développement, pour renforcer nos relations et voir comment elle peut donner un coup de pouce à nos marchés financiers. Nous avons aussi cette année, signé un accord de principe (MoU) avec le réseau africain de la gouvernance des entreprises.

Vous le savez, les marchés financiers sont aux premières lignes de la gouvernance des entreprises. Ce sont là quelques initiatives dans lesquelles nous nous sommes embarqués pour positionner efficacement les marchés financiers africains de manière efficace.

 

 

Propos recueillis par Idriss Linge

 

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