Après avoir été lessivée par les importations massives des poulets congelés jusqu’en 2005, puis par une psychose nationale créée par la découverte du virus de la grippe aviaire sur une carcasse de canard dans l’Extrême-Nord en 2006, la filière avicole camerounaise est de nouveau au bord du gouffre.

 

C’est que le 3 juin 2016, les autorités publiques ont annoncé que l’épizootie de grippe aviaire déclarée dans la ville de Yaoundé une semaine plus tôt, s’est propagée jusqu’à la région de l’Ouest. Cette nouvelle est d’autant plus grave pour la filière avicole locale que la région de l’Ouest pèse, à elle seule, environ 80% de la production nationale, selon les statistiques des opérateurs.

 

En clair, avec la décision prise d’interdire la vente du poulet à Bafoussam, principalement, et sur l’ensemble des départements de la Mifi et du Koung-khi, où deux foyers de grippe aviaire ont été diagnostiqués ; la filière avicole camerounaise se retrouve pratiquement sans débouchés. Aussi bien sur le marché local que sous-régional.

 

En effet, au plan local, le marché est approvisionné à partir de la ville de Bafoussam, tandis que pour la conquête du marché sous-régional (le Gabon, l’un des principaux débouchés, vient d’ailleurs d’interdire les importations de poulets du Cameroun), la production avicole de l’Ouest-Cameroun transite par Yaoundé, capitale du pays dans laquelle le commerce du poulet est également interdit depuis une semaine. Cette interdiction est consécutive à la mort de 24 000 volailles de suite de grippe aviaire au Complexe avicole de Mvog-betsi, qui a ainsi perdu 75% de son cheptel.

 

L’objectif 50 millions de poulets en 2016 semble hypothéqué 

Ces interdictions qui frappent le marché du poulet ont des conséquences négatives sur la trésorerie des fermiers et des accouveurs, qui sont désormais obligés de stocker leurs produits plus longtemps (la désinfection des marchés de Yaoundé pourrait durer un mois, selon le ministère de l’Elevage), avec des coûts de production supplémentaires à la clé (nutrition des poulets et traitements vétérinaires, par exemple).

 

Mais par-dessus tout, la production locale s’en trouvera diminuée. En effet, avec la conjoncture actuelle, la filière avicole nationale aura désormais du mal à mettre sur le marché les 50 millions de poulets annoncés pour 2016 par l’Interprofession avicole du Cameroun (Ipavic). Notamment à cause de la perte de 33 000 parentaux (24 000 morts suite à la grippe aviaire et le reste abattus au titre de mesure de prévention) au Complexe avicole de Mvog-Betsi, le 4ème accouveur du pays.

 

Selon les chiffres communiqués à RFI par l’ingénieur agronome Bernard Njonga, qui fut aux avant-postes du combat contre les importations de poulets congelés au Cameroun, 1,3 million d’œufs à couver ont également été détruits dans cette exploitation avicole (ce qui équivaut à autant de potentiels poussins), de même que près de 1,4 million de poussins ont été étouffés (l’équivalent d’autant de potentiels poulets de chair). A l’Ouest du pays, ce sont les 300 000 poussins produits par jour qui ne trouveront pas preneurs du fait de l’interdiction du commerce du poulet, à défaut d’être simplement étouffés par les accouveurs pour éviter des frais de production supplémentaires.

 

En 2006, une psychose consécutive à la découverte du virus H5N1 sur une carcasse de canard avait provoqué des pertes estimées à 3 milliards de francs Cfa au sein de la filière avicole camerounaise. En 2016, avec déjà au moins trois foyers (Yaoundé, Bafoussam et Bayangam) de grippe aviaire déclarés dans les principaux bassins de production et marchés du pays, l’addition risque d’être bien plus salée pour cette filière qui emploie environ 400 000 personnes et pèse 3,3% du PIB.

 

 

Brice R. Mbodiam – Agence Ecofin

 

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