Allan Gray, un gestionnaire de portefeuilles d’investissements basé à Cape Town (Afrique du sud), a acquis un volume important de bons du trésor émis par le gouvernement fédéral nigérian.

L’investissement s’est effectué après la décision de la Banque centrale de laisser flotter la monnaie locale (naira), qui s’est traduite de facto par sa dévaluation à hauteur de 37%. Le positionnement d’Allan Gray se présente à contre-courant de celui des autres investisseurs.

Après un deuxième trimestre consécutif de baisse de la croissance économique, le gouvernement fédéral a été forcé de constater la récession, une première depuis 1991. Les conditions de cette morosité s’améliorent assez lentement. Le gouvernement a adopté un ambitieux budget et éprouve actuellement des difficultés à régler les salaires et à financer la construction de ses infrastructures. Dans ce contexte certains investisseurs se sont désengagés des obligations du pays, craignant un gain d’opportunité faible, et même des pertes en raison de l’inflation.

 

Rendement des obligations nigérianes sur 3 ans, en baisse depuis février 2016 (Bloomberg).
Rendement des obligations nigérianes sur 3 ans, en baisse depuis février 2016 (Bloomberg).

 

Mais pour Allan Gray, cette situation n’est pas un problème majeur si on se positionne sur le long terme. Du point de vue de ses analystes, il est normal que les précédents investisseurs se dégagent des obligations nigérianes compte tenu de leur propre contexte. Toutefois, eux parient sur le fait que cela ne va pas durer éternellement, et l’histoire récente leur a déjà donné raison au moins une fois.

En 2015, Allan Gray a parié sur les obligations zambiennes qui présentaient les pires caractéristiques. Le pays qui souffrait d’un repli de sa monnaie associé à la baisse des cours des matières premières et des incertitudes liées au contexte politique, s’est aujourd’hui repris.  Ses bons du trésor, sont actuellement sollicités par plusieurs investisseurs provenant d’économies stabilisées et en quête de rendements élevés.

Le gestionnaire de fonds sud-africain pense qu’avec un rendement actuel de 20% des bons du trésor nigérians, il y a assez de marge pour contrer une dévaluation supplémentaire du naira et un même certain niveau de récession. Allan Gray ne semble pas être le seul à trouver de l’intérêt aux bons du trésor nigérians. Un examen des courbes des valeurs et des rendements de l’obligation de référence (NIGERIA 6,38% 7/12/2023) met en évidence un regain d’intérêt des investisseurs. Aussi on notera que les plus récents bons du trésor nigérians qui offrent des taux de 16% en moyenne, sont négociés à plus de 100% de leurs valeurs d’émission.

Idriss Linge 

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