La Banque des Etats de l’Afrique Centrale a baissé de 50% les coefficients des réserves obligatoires applicables aux banques opérant dans la sous-région, a-t-on appris à l’issue d’une réunion extraordinaire du Comité de Politique Monétaire de l’institution qui s’est tenu le 6 avril à Yaoundé. « Nous avons constaté qu’il y avait une contraction dans les liquidités des banques de la Cemac», a expliqué Lucas Abaga Nchama (photo), le gouverneur de la BEAC.

 

A la sortie des années 90, les faillites rencontrées par plusieurs banques de la sous-région avaient poussé les chefs d’Etat à adopter des mesures de sauvegarde plus serrées dans l’exploitation des banques, allant notamment, pour ce qui est du ratio des fonds propres, au-delà des normes éditées par le comité de Bâle, afin d’adapter la règlementation aux risques réels de la sous-région. Mais avec le temps, cette règlementation est devenue contreproductive en certains de ses aspects.

 

La décision de revoir à la baisse ces coefficients des réserves obligatoires peut être comprise sous deux aspects. D’une part, elle intervient dans le cadre d’un vaste programme de réforme entrepris par la BEAC depuis quelques temps pour moderniser le système bancaire de la CEMAC. D’un autre côté on peut aussi y voir une réponse urgente à la situation de stress que vivent les banques dans la zone CEMAC.

 

Un peu plus tôt, dans la même journée, Mario de Zamaroczy, le chef de mission du Fonds Monétaire International pour la CEMAC, a fait savoir que la CEMAC avait été fortement frappée par le repli des prix du pétrole, combiné à la hausse des risques de troubles (notamment au Congo). Il invitait donc les pays de la sous-région à ajuster très rapidement leurs politiques économiques afin de faire plus efficacement face à la situation.

 

Depuis une dizaine d’année, des observateurs et analystes ont attiré l’attention sur la fragilité des banques au sein de la CEMAC, en raison de leurs fortes dépendances à des client (Etats) dont la principale source de revenu a jusqu’ici été le pétrole et les ressources naturelles, en perte de vitesse. Dans une région où l’inclusion financière en 2015 ne dépassait pas les 25% de la population active, il est évident que la baisse des prix du pétrole a eu plusieurs conséquences sur ces banques.

 

Déjà la surliquidité d’apparence s’est fortement effritée, en partie du fait de la baisse des dépôts publics. A titre d’exemple, les statistiques du commerce extérieur en Guinée Equatoriale (troisième producteur de pétrole en Afrique), montrent que les recettes d’exportation de ce pays ont baissé de près de 60,6% entre le premier trimestre 2014 et le troisième trimestre 2015, passant respectivement de 3 milliards $ à 1,2 milliards $. Dans ce contexte, son excédent commercial s’est rétracté de 64,58% sur la même période

 

Par ailleurs le gouverneur de la BEAC a indiqué qu’il était plus cher pour les banques de venir se faire financer au sein de la Banque centrale, mais en réalité cette dernière craint davantage un risque de remontée de l’inflation au-dessus des taux de convergence sous régionale (3%). Rappelons que, techniquement, une banque octroie des prêts sur la base des dépôts qu’elle a collectés, ou alors des fonds obtenus de la banque centrale ou d’autres banques. Sur les trois dernières années, la banque centrale a fortement réduit ses taux d’intervention en droite ligne avec l’évolution de la conjoncture internationale.

 

La situation actuelle doit donc être comprise sous deux prismes. D’une part, les gouvernements à court d’argent, ont non seulement réduit leurs dépôts bancaires, mais ont eu également recours aux banques commerciales pour mobiliser des capitaux. D’autre part, ils ont éprouvé de plus en plus de difficultés à payer leurs factures à des entreprises qui ont du parfois souscrire des crédits auprès des banques commerciales, accroissant ainsi le risque d’une augmentation des créances douteuses. En 2015 des tests du FMI indiquait qu’une hausse de 15% des créances douteuses combinée à un repli de 25 % des dépôts bancaires, suffiraient à placer plus de la moitié des banques en situation de non-conformité règlementaire.

 

Mais même si la BEAC progresse bien, il va encore falloir attendre pour voir s’appliquer la nouvelle résolution. Le fonctionnement de la CEMAC oblige que de telles réformes soit validées dans le cadre de l’adoption de règlements qui sont généralement du ressort des chefs d’Etats, se réunissant en sommet de haut niveau. Aussi il va falloir poursuivre avec les autres reformes, notamment le renforcement des marchés financiers et des capitaux, la dématérialisation des titres et leurs admissions au refinancement, l’assouplissement des règles de placement des capitaux à l’étranger. Des grands chantiers que l’actuel gouverneur, déjà en fin de mandat, laissera sur la table de son successeur.

 

 

Idriss Linge – Agence Ecofin

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