Jenkins écrivit un jour que « le terroriste ne veut pas que beaucoup de gens meurent, il veut que beaucoup de gens voient et écoutent. » De Kolofata à Charm El-Cheikh, de N’Djamena à Tunis, de Niamey à Paris, les terroristes se font voir et entendre de manière effroyable pour le tourisme. La « communication de résilience » apparaît comme son meilleur antidote.

 

Alors que Kolofata et des pans entiers de Niamey et N’Djamena semblent totalement sinistrés du point de vue touristique, Tunis, le Caire ou Paris calculent encore l’impact de l’insécurité sur leur attractivité. Pour Guy Gweth, président du Centre Africain de Veille et d’Intelligence Economique (CAVIE), « les victoires terroristes reposent avant tout sur leur capacité à frapper les symboles : un musée, une mosquée, une tour, un journal, une salle de spectacle ou un moyen de transport… En somme, des endroits prisés des touristes (…) Des lieux où il serait gênant, voire dissuasif, de fouiller des individus venant dépenser de l’argent dans votre région… »

 

En Tunisie par exemple, le tourisme pèse 7,4% du PIB. Il génère près 475.000 emplois directs pour plus de 10% de la population, selon Knowdys Database. A lui seul, le secteur représente environ 20% des recettes en devise chaque année. Selon les autorités tunisiennes, il a un effet d’entraînement sur une grande partie des secteurs économiques tels que les communications, l’agriculture, l’artisanat, le commerce et les transports. Le terrorisme est son pire ennemi.

 

Avant les attaques de Bardo (en mars), Sousse (en juin), le Sinaï (en octobre) et Paris (en novembre) 2015, le Conseil mondial du voyage et du tourisme (WTTC) estimait que le secteur touristique représenterait 10% du PIB mondial cette année, malgré la crise. Avec un taux de croissance de 3,7%, contre 0,2 points de moins en 2014, WTTC prévoyait que le tourisme générerait 7 800 milliards USD, et produirait 284 millions d’emplois, soit 9,5% du total mondial. Ces prévisions seront fatalement revues à la baisse. Mais tout n’est pas perdu.

 

Le 12 novembre 2015, Taleb Rifaï, le secrétaire général de l’Organisation mondiale du tourisme, a appelé la communauté internationale tout entière à se montrer solidaire des régions sinistrées. « Nous ne laisserons jamais les forces obscures nous empêcher de voyager en Tunisie, en Egypte, ou n’importe où ailleurs » avait-il déclaré. « Il y a des chances que cet appel soit entendu au nom de la soif de vie et de la résilience dans un environnement devenu hostile », explique un analyste spécialiste du tourisme africain chez Knowdys Consulting Group.

 

Au lendemain de l’attentat de Sousse qui a coûté la vie à 38 personnes, le 26 juin 2015, Deloitte a publié les résultats d’une enquête sur l’impact du terrorisme sur le tourisme. Le cabinet international écrit que « le traumatisme de telles attaques reste probablement ancré, mais l’industrie du tourisme et les clients semblent être devenus plus résilients. » Deloitte soutient que le rythme auquel l’industrie de l’hôtellerie, par exemple, récupère après les troubles politiques ou un évènement violent, de type attentat, a considérablement diminué depuis 2000.

 

C’est ce que confirme Knowdys Consulting Group dont le fondateur entend prescrire la « communication de résilience » aux régions sinistrées d’Afrique. Guy Gweth argue, en effet, que « l’expérience des 15 dernières années a montré qu’on peut perdre la vie en restant chez-soi, en priant dans une mosquée, en se rendant au pèlerinage à la Mecque ou en allant assister à un concert vendredi soir… Le tourisme est l’un des plus beaux symboles de la résilience humaine, soutient l’expert. Il montre que la violence freine, mais n’arrête pas le désir de vivre. C’est sur la résilience et la fierté des touristes que les régions sinistrées doivent communiquer. »

 

 

La Rédaction d’Afrique Diligence

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