Pour les constructeurs, le continent ne représente plus seulement un débouché, mais un lieu de production. Après Renault, des marques comme Toyota et Volkswagen songent à y implanter des usines.

Assemblage de modèles low cost dans l’usine Renault Tanger Med, au Maroc.

L’Afrique n’est plus uniquement perçue comme une terre d’exportation pour les constructeurs automobiles. Avec un marché continental d’environ 1,7 million de véhicules neufs par an, censé atteindre les 3 millions d’ici à 2020, les marques japonaises, françaises et allemandes et chinoises ont presque toutes des projets d’usines africaines, dans leurs cartons.

Au Maghreb, le lancement de Renault Tanger-Med, en 2012, a été suivi de près. C’est la première usine de la région couvrant l’ensemble des opérations de fabrication, de l’emboutissage des pièces de tôle jusqu’au montage complet du véhicule. Les concurrents de la marque au losange ne disposent pour le moment au Maghreb que d’usines d’assemblage d’ensembles prémontés en Europe ou en Asie, moins chères à l’investissement mais avec un coût par véhicule plus élevé. Cependant, l’exemple français donne des idées à certains : le japonais Toyota a ainsi dépêché plusieurs missions d’observation au Maroc et en Algérie.

 

PRÉCURSEUR. Ce dernier pays suscite d’énormes ambitions industrielles : entre 400 000 et 500 000 véhicules s’y vendent chaque année, ce qui en fait le second marché du continent après l’Afrique du Sud. Là encore, Renault, qui détient 26,2 % de part de marché en incluant la marque Dacia, est un précurseur. En novembre 2014, sa nouvelle usine d’assemblage, la première du genre en Algérie, a été inaugurée en grande pompe à Oran par Carlos GHOSN, PDG du groupe, et Abdeslam BOUCHOUAREB, ministre de l’Industrie. D’autres pourraient suivre : l’allemand Volkswagen étudierait à son tour la question.

Au sud du Sahara, ou les volumes de vente restent dérisoires (environ 50 000 véhicules par an pour toute l’Afrique francophone), seuls quelques pays lancent des projets industriels, mais de moindre ampleur. Le géant nigérian (174 million d’habitants) fait rêver les constructeurs avec son potentiel de consommateurs. Peugeot, qui assemblait jadis sa 405 à Kaduna, a annoncé son intention d’y relancer une production sitôt la barre des 12 000 véhicules vendus sous sa marque dans le pays.

 

VÉTUSTES.Si le gouvernement nigérian parvient à limiter les importations de véhicules d’occasion vétustes, le marché peut doubler ou tripler, et une usine d’assemblage prend alors son sens“, note Jean-Christophe KUGLER, ancien directeur Afrique-Euromed de Renault (jusqu’en octobre 2014). Quant à Toyota, aujourd’hui leader sur ce marché, il a confirmé son projet d’implanter une usine du côté de Lagos. Ailleurs, les groupes chinois sont les plus offensifs, avec les marques Foton (Kenya, Ouganda, Cameroun), Chery (Kenya, Egypte) ou Brillance (Bénin).

Enfin, l’Afrique du Sud, qui reste le premier producteur d’automobiles du continent, continue d’augmenter la capacité de ses usines, qui ont fabriqué 610 000 véhicules en 2013, dont 336 000 pour l’export. Le programme gouvernemental de soutien à l’industrie automobile, en octroyant des allégements fiscaux aux industriels exportant au moins un tiers de leur production, a permis une croissance de 40 % de la production depuis sa mise en place en 1995. La nation Arc-en-Ciel approvisionne surtout les marchés européens, notamment le Royaume-Uni, mais aussi de nombreux pays africains : Algérie, Nigeria, Mozambique, Angola….

 
 

Automobile Made In Africa, Christophe LE BEC, Jeune Afrique – hors-série n°39 « L’Afrique en 2015 », p. 91.

 

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