Plongeon général des devises africaines face à la montée du billet vert durant le premier semestre 2015 : c’est ce qu’indique un rapport de la Citibank. Cette situation a-t-elle un impact sur le choix des investisseurs pour qui l’indicateur de base est le taux de change. La note rappelle qu’une forte dépréciation de ce dernier engendre l’inflation et renchérit les importations. Appels sur l’actualité fait le point.

 


Pourquoi la hausse du dollar menace-t-elle les monnaies africaines ?
Je ne dirais pas que la hausse du dollar menace les monnaies africaines. Je parlerais plutôt des conséquences de cette hausse, pas seulement sur les monnaies mais sur les économies africaines. Certains économistes expliquent par exemple que le niveau du dollar depuis plusieurs mois, ainsi que les prévisions faites il y a plus d’un an d’un éventuel relèvement du taux de change par la réserve fédérale américaine, sont en partie responsables de la baisse du cours des matières premières. L’une des chutes les plus importantes a été celle du prix du baril de pétrole, qui a baissé de moitié : les plus grands pays producteurs africains, comme l’Angola et le Nigeria, essayent aujourd’hui de résoudre les difficultés engendrées par la forte réduction des recettes pétrolières. Le Congo-Brazzaville est, d’ailleurs, dans le même cas de figure.

 

Y a-t-il un secteur particulier de la vie économique des pays africains sur lequel la hausse du dollar est une menace ?
C’est le secteur de la dette qui est, bien sûr, lié à l’argent, mais pas à la politique monétaire pure de chaque pays. La plupart des pays africains sont endettés en dollars. La hausse de cette devise fait ainsi croître mécaniquement leur endettement. Il y a bien sûr une partie de la dette en devises nationales ou régionales, notamment pour les pays-membres de la zone franc, répartis au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine et de la Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale. Mais hormis ces zones UEMOA et CEMAC, où le franc CFA est arrimé à l’euro, les pays africains les plus endettés pourraient choisir, au cas où le dollar continuait à monter, soit de remonter les taux pour défendre leur monnaie, au risque de ralentir leur croissance, soit au contraire de les baisser et dynamiser ainsi leur croissance, avec pour conséquence que leur devise soit soumise à une pression accrue…

 

Qu’est-ce que cela peut entraîner sur le long terme ?
La monnaie de référence au niveau des échanges commerciaux et pour tous les produits non-européens, c’est le dollar américain. Avec un dollar fort sur une longue période, les pays africains seront donc pénalisés.

 

dollarMais les exportations sont aussi rémunérées en dollar. N’est-ce pas un avantage pour les pays africains ?
Oui… Et certains pays africains peuvent tirer des bénéfices d’un dollar fort : ceux qui exportent des matières premières, par exemple. Mais ces bénéfices ne sont intéressants qu’à une condition au moins : que les pays soient capables de les réinvestir dans l’économie réelle. La tendance générale, pour les pays exportateurs de pétrole par exemple, c’est de se contenter de ces recettes pour se constituer des réserves monétaires. Concernant les importations, il peut y avoir un autre avantage lorsque les volumes en jeu sont importants. C’est le cas du Nigeria qui achète la totalité du blé nécessaire à sa consommation aux Etats-Unis. Avec les perspectives d’un dollar fort sur le long terme, et à supposer que le dollar arrive à être presque égal à l’euro, le Nigeria pourrait envisager de se tourner vers le blé européen. Cette éventualité a, en tout, cas été évoquée au début de l’année par Akinwumi Adesina, de passage en France. Mais il est vrai que l’actuel président de la Banque africaine de développement, élu le 28 mai 2015 à Abidjan, était alors encore ministre de l’Agriculture du Nigeria. Et en campagne à ce moment-là pour la présidence de la BAD !

 

 

Source : Stanislas NDAVISHIMIVE – « Des monnaies africaines sous pression face au dollar ?» – RFI – Du côté de chez Juan – diffusée le 03/07/2015.

 

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