Le secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-moon, s’est félicité en janvier dernier du net ralentissement de la propagation de la maladie dans les trois pays les plus touchés par l’épidémie : Guinée, Libéria et Sierra Leone. Alors qu’en septembre 2014, le nombre de cas doublait toutes les trois à quatre semaines, on a assisté à une diminution en décembre, s’est-il réjoui (fin 2014, 20 206 cas étaient confirmés, tandis que 7 905 décès étaient signalés dans le monde).

 

Au Liberia, le taux de croissance économique a chuté de 11,3 % à 4 %
Au Liberia, le taux de croissance économique a chuté de 11,3 % à 4 %

Baisse des revenus des ménages

Mais une autre crise se développe, ont averti dans un rapport commun le Programme alimentaire mondial (Pam) et l’Organisation mondiale pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) sur l’état des récoltes et la sécurité alimentaire en Afrique occidentale. Selon ce rapport, le nombre de personnes souffrant d’insécurité alimentaire sévère dans ces trois pays, qui était de 2 millions en novembre dernier doit atteindre 2,56 millions en ce mois de mars. Le plus touché est la Guinée (1,2 million attendu en mars), suivie du Liberia (750 000) et de la Sierra Leone (610 000). Ebola a pesé lourd dans cette évolution, en multipliant par deux le nombre de personnes affectées.

Comment ? La FAO cite le manque de main-d’œuvre imputable à l’épidémie, la fermeture de frontières, la mise en place de zones de quarantaine et les restrictions aux déplacements des personnes qui ont « sérieusement limité le mouvement et la commercialisation des aliments ». Ces mesures ont aussi entravé la production de denrées alimentaires, leur disponibilité, et fait baisser le revenu des ménages. Selon les enquêtes du Pam, le début des récoltes n’a guère eu d’effets positifs sur la sécurité alimentaire dans les zones fortement affectées par le virus comme la Guinée forestière, le Lofa (Liberia) et la région de Kailahun (Sierra Leone), d’où les ménages ont recours à des stratégies d’ «adaptation négative », en réduisant leur consommation alimentaire.

Le Pam et la FAO s’attendent à une diminution de 12 % de la production rizicole au Liberia, de 8 % en Sierra Leone et de 3,7 % en Guinée, avec des creux de – 20 % dans les zones les plus touchées par la maladie. Dans le cas du manioc, qui requiert moins de main-d’œuvre et d’intrants, l’impact est inférieur : – 5 % au Liberia, – 3 % en Sierra Leone et – 1,2 % en Guinée. On a constaté une hausse de 30 % du prix du riz importé en Sierra Leone et de 40 % au Liberia lors du dernier trimestre de 2014.

Pour 2015, les besoins en céréales ne seront que partiellement couverts, faisant apparaître un déficit de 90 000 tonnes pour le Liberia, de 55 000 t pour la Sierra Leone et de 44 000 t pour la Guinée.

La Banque mondiale a dû revoir à la baisse les taux de croissance du PIB des trois pays pour 2014, les ramenant respectivement de 5,9 % à 2,2 % au Liberia, de 11,3 % à 4 % en Sierra Leone et de 4,5 % à 0,5 % en Guinée.

En Sierra Leone, la production de café et de cacao, qui représente 90 % de la valeur des exportations agricoles, a chuté à cause de l’abandon d’une partie des exploitations. Au Liberia, les projections initiales de recettes d’exportations de caoutchouc ont été revues à la baisse de 20 %, à la suite de la réduction des effectifs dans les plantations de palmier à l’huile. La compagnie brésilienne Vale, qui exploite le minerai de fer en Guinée et en Sierra Leone, et la cimenterie du groupe nigérian Dangote, au Liberia, se sont mises en chômage technique au dernier trimestre 2014. Enfin, le sidérurgiste Arcelor Mittal au Liberia et Rusal qui exploite la bauxite guinéenne ont rapatrié la moitié de leurs effectifs.

Source : « 2,5 millions de personnes menacées de famine », François MISSER, Afrique – Asie – Avril 2015 «Syrie. Le pari perdu de l’Occident », p. 80

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