L’Afrique est le continent ou l’urbanisation est à la fois la plus faible et…la plus rapide. Une aubaine pour les géants du BTP et de l’assainissement, qu’il s’agisse de multinationales ou de champions locaux.

 

La Cité du fleuve, zone résidentielle huppée en construction à Kinshasa (RDC).

Avec l’explosion démographique et l’urbanisation galopante en cours, le continent multiplie les projets dans l’habitat et le traitement des eaux. Malgré des situations très disparates entre les régions, les groupes étrangers et africains prospèrent dans un secteur en plein boom. Selon les dernières projections de l’ONU, la population africaine atteindra les 2,7 milliards d’individus en 2050, contre 1,1 milliard aujourd’hui. A la même date, six Africains sur dix résideront en ville, contre moins de quatre actuellement.

 

COLOSSAL. L’Afrique est la zone ou l’urbanisation est à la fois la plus faible et le plus rapide au monde. Selon la Banque mondiale, il faudrait y construire 1 million de logements par an pendant quinze ans. Le défi est colossal mais les États, le plus souvent soutenus par des bailleurs de fonds internationaux, tentent de le relever. Ils accélèrent les programmes de logements dans les capitales et les chantiers de villes nouvelles, augmentant dans la foulée les besoins d’assainissement et de traitement des eaux. Et dans ce domaine, l’Afrique est très en retard puisque 20 % seulement de la population dispose d’un accès à l’eau potable.

 

D’Alger à Casablanca en passant par Abidjan, Dakar, Lagos ou Kinshasa, les plans de développement urbain se multiplient, créant des débouchés pour les entreprises du secteur. Les groupes internationaux se taillent la part du lion. Déjà leaders dans la construction de logements, les Chinois tiennent aussi le haut du pavé dans le secteur du traitement et de la gestion de l’eau, aux côtés de groupes européens comme l’espagnol Saur, implanté en Algérie et au Sénégal, ou les français Veolia Environnement et Suez Environnement, ce dernier à travers sa filiale Degrémont, dont les revenus en Afrique ne cessent d’augmenter après les contrats signés en 2014 au Nigeria et en Égypte.

 

SAVOIR-FAIRE. A l’ombre de ces multinationales, certains groupes africains tirent également leur épingle du jeu. L’Afrique du Sud, dont la population est la plus urbanisée du continent avec un taux de 70 % a vu émerger ces dernières décennies des géants de la promotion immobilière, qui n’hésitent pas à sortir de leurs frontières pour travailler au Botswana, au Mozambique, en Namibie et au Swaziland. L’Égypte n’est pas en reste, qui dispose de son propre champion, The Arab Contractors. En plus d’un marché national colossal, le géant du bâtiment et du traitement des eaux (1,6 milliard d’euros de chiffre d’affaires annuel) est présent en Algérie, au Nigeria et en Ouganda.

 

Les groupes ouest-africains ont plus de mal à exporter leur savoir-faire, à de rares exceptions près. La Compagnie sahélienne d’entreprises (CSE), à Dakar, dispose d’implantations au Burkina Faso, en Gambie, au Mali, au Niger et en Sierra Leone. En revanche, au Nigeria, pays le plus peuplé d’Afrique, les puissants opérateurs locaux se contentent de répondre aux besoins nationaux.

 

Enfin, ces trois dernières années, une nouvelle tendance est apparue : la percée des groupes marocains Addoha et Alliances sur le créneau des logements sociaux au sud du Sahara. Présents en Côte d’Ivoire, au Cameroun, au Gabon, au Ghana, en Guinée ou au Sénégal, ils s’appuient sur les politiques publiques mises en place pour tenter de faire face à l’explosion de la demande.

 

 

Habitat – Tout reste à construire, Ryadh BENLAHRECH, Jeune Afrique – hors-série n°39 « L’Afrique en 2015 », p. 92.

 

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