Peut-on dresser un bilan de l’impact investing sur le développement de l’Afrique ?  Ce mode d’investissement convient-il vraiment au continent ? Comment maximiser ses effets ? Les réponses à ces questions permettent d’établir une vérité : pour que l’impact investing devienne une industrie en Afrique, il faut injecter une dose de folies aux investisseurs.

 

PEUT-ON DRESSER UN BILAN DE L’IMPACT INVESTING SUR LE DÉVELOPPEMENT DE L’AFRIQUE ?

 

Les investigations sur le bilan de l’impact investing sont assez documentées. A côté des évaluations des agences gouvernementales, les acteurs comme JP Morgan ou l’université de Duke aux États-Unis font un travail remarquable dans ce sens depuis une demi-dizaine d’années. Deux principales conclusions émergent de leurs différents rapports. Du point de vue de l’origine des investissements, près de 60 % des fonds investis proviennent des États-Unis et du Canada et un tiers sont injectés en Afrique subsaharienne et en Amérique latine. Du point de vue de l’attractivité, trois secteurs attirent la majorité des financements : l’agro-alimentaire, la microfinance et la santé.

 

Je précise que le taux moyen de retour financier tourne autour de 10 %, d’après les chiffres de Knowdys. Bien qu’il faille un certain temps et suffisamment de recul pour mesurer l’impact social d’un investissement dans la durée, force est de constater que l’impact investing, en direction de l’Afrique, connaît une croissance exponentielle au fil des années. Avantage à l’Afrique anglophone où le Kenya, le Ghana et surtout l’Afrique du Sud attirent le plus de financements. Dans ces trois pays, l’évaluation à court terme de l’impact investing dans l’éducation, la santé ou les commodities notamment présente des résultats financiers et sociaux positifs dans 2/3 des projets, depuis 2007.

 

CE MODE D’INVESTISSEMENT CONVIENT-IL VRAIMENT AU CONTINENT?

 

S’il était conçu pour une seule catégorie de pays, l’impact investing serait réservé aux pays émergents et/ou en développement. C’est dire s’il convient particulièrement à l’Afrique. L’injustice subie par ce continent depuis des décennies et le potentiel qu’il regorge aujourd’hui font qu’il attire plus que d’autres les investissements qui conjuguent un impératif d’éthique et une exigence de rentabilité. Ce concept de double rentabilité est d’autant plus intéressant pour les Africains que les acteurs qui s’en prévalent doivent apporter les preuves de son efficacité pour être valide.

 

On navigue entre la finance éthique et la finance solidaire, ce qui nous change considérablement de « l’aide à l’Afrique » dont on connait le bilan désastreux des 50 dernières années. Le vrai problème des marchés africains reste leur lisibilité pour les investisseurs étrangers. Les acteurs locaux de l’intelligence économique et de la due diligence ont un rôle primordial à jouer à ce niveau pour décrypter le climat des affaires et les rouages locaux, au-delà des rapports de perception que vendent certaines agences étrangères.

 

QUE FAUT-IL FAIRE POUR MAXIMISER LES EFFETS DE L’IMPACT INVESTING?

 

A mes yeux, la maximisation des effets de l’impact investing passe par deux clés au moins : primo, une meilleure connaissance des marchés cibles, notamment des acteurs et de leur fonctionnement. Aujourd’hui, les outils de mesure de la rentabilité existent. Parmi eux le Social return on investment nous semble le plus adapté au contexte africain à cause de la valeur synthétique qu’il accorde au « retour sur investissement social ».  En revanche, la grille d’analyse des marchés africains reste trop occidentale. Pour que l’impact investing devienne une industrie, il va falloir injecter une dose de folies aux investisseurs. Deuxio, les autorités africaines en charge des investissements ont un rôle majeur à jouer en structurant juridiquement et en mettant en avant – grâce à des mécanismes d’incitation fiscale – les projets les plus profitables au continent. Je pense par exemple aux secteurs de l’agriculture, de l’éducation, de l’énergie solaire, de la santé et plus généralement aux infrastructures.

 

GUY GWETH

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