Vicky Newton-King est la CEO du Johannesburg Stock Exchange, le marché financier sud-africain. Au soir de la première journée de l’assemblée annuelle de l’Association des Marchés financiers d’Afrique, elle a accordé un entretien à l’Agence Ecofin, sur des questions relatives à l’événement et à la coopération entre les bourses africaines.

 

Agence Ecofin:  Le Johannesburg Stock Exchange accueille le sommet des marchés financiers africains au terme d’une année 2015 qui a été très difficile pour la plupart d’entre eux, quel est votre sentiment en cette occasion et quels sont vos attentes ?

Nicky Newton-King : Du point de vue des marchés financiers, l’économie n’a jamais autant eu besoin de financements qu’en ce moment, et la raison d’être fondamentale des marchés financiers est de mobiliser des capitaux pour les entrepreneurs. Au cours de cette conférence nous allons échanger sur ce que doit être un marché financier qui puisse répondre aux attentes des acteurs concernés. Je suis donc enchantée de recevoir la plupart de mes collègues des autres marchés financiers africains, mais aussi d’accueillir des représentant des marchés opérant dans des pays partenaires comme les États-Unis d’Amérique, le Pakistan, l’Angleterre ou encore le Sri Lanka. C’est la preuve qu’il existe une intense activité sur les marchés financiers de la région. Accueillir ce cadre d’échange, pour le Johannesburg Stock Exchange que je représente, est un privilège particulier.

 

Agence Ecofin: Le Johannesburg Stock Exchange est de loin le plus important marché financier du continent africain. Dans quelle position vivez-vous cette rencontre annuelle, celle d’une organisation qui veut apprendre ou celle qui aura des choses à enseigner à ses paires ?

Nicky Newton-King : Nous sommes dans les deux positions. Vous serez surpris de savoir combien nous avons à apprendre dans tous nos engagements, que ce soit avec nos collègues sur le continent ou alors avec les bourses qui se trouvent hors d’Afrique. Ce que nous apprenons de nos collègues du continent, c’est déjà comment servir des marchés qui sont bien plus vastes que le nôtre sur certains plans. Pour ce qui est du partage, nous pourrons apporter notre expérience notamment en matière de gouvernance.

 

Agence Ecofin : L’année 2015 a été difficile pour Johannesburg Stock Exchange, surtout du fait des difficultés que connaissent les entreprises du secteur minier. Comment avez-vous pu résister à cela, quels ont été les astuces de directrice générale du JSE que vous êtes ?

Nicky Newton-King : De mon point de vue, il est important de diversifier les offres sur un marché. Nous avons un secteur des télécommunications qui est très solide et aussi un secteur des prestations de services notamment celui des banques, de la grande distribution et de l’industrie qui sont assez performants. Cela nous permet d’avancer au-delà des obstacles que nous rencontrons et auxquels vous faites allusion. Par ailleurs nous essayons aussi de multiplier les produits et d’aller au-delà des actions, en ajoutant les dérivatifs, les matières premières et les fonds indiciels négociés en bourses. Tout cela nous permet d’avoir un modèle de bourse résilient. Pour ce qui est de « mes astuces » de directrice générale, je me dis chaque jour, lorsque je viens travailler, que diriger une bourse, c’est conduire une organisation dans une compétition mondiale, dans un contexte où il est question d’attirer chaque jour de nouvelles personnes et des volumes d’affaires.

 

Agence Ecofin : De plus en plus d’investisseur se montrent prudents à intervenir sur les marchés émergents, notamment sur l’Afrique du sud. Quelles mesures envisagez-vous de prendre pour restaurer la confiance, alors que le rand est malmené et que l’économie sud-africaine rencontre de graves difficultés dans le domaine de l’énergie, de l’eau et sur le terrain social ?

Nicky Newton-King : Vous êtes totalement dans le vrai lorsque vous parlez de ces facteurs macroéconomiques qui ont constitué des vents contraires dans le cadre de nos opérations. Nous épargnons aux investisseurs qui viennent s’introduire sur notre marché, de butter sur des aspects comme les règles, le cadre légal ou la qualité et la constance des performances de notre infrastructure technologique. Il ne faut pas rendre un service qui marche, un jour et le lendemain, pas du tout. Ils ont besoin de véritablement faire confiance en tout ce que nous faisons et de s’assurer qu’ils recevront la même qualité de service tous les jours.

 

Agence Ecofin: Vous avez reçu les responsables de la BRVM qui représentent un marché plutôt modeste comparé au vôtre. Dans ces conditions qu’avez vous avez tiré de cette rencontre ?

Nicky Newton-King : C’est vrai que la BRVM est un petit marché, mais il a une toute petite avancée pour ce qui est de la gestion d’un marché régional. Vous savez, le concept qui consiste à gérer un marché financier unique pour plusieurs pays différents, est un modèle, avec celui des pays scandinaves, assez difficile à mettre en place. De ce point de vue, nous avons beaucoup à apprendre de la bourse d’Abidjan. Mais cela a été un privilège absolu de les accueillir ici. Ils ont passé chez nous toute la journée, discutant avec nos collègues et échangeant des points de vue sur plusieurs aspects.

 

Agence Ecofin : Le JSE a annoncé un plan d’expansion sur d’autres marchés africains, qu’en est-il exactement?

Nicky Newton-King : Stratégiquement, notre coopération ne consiste pas à effectuer des prises de participation, mais véritablement en la mise en place d’un cadre de coopération. Il est question de partager les idées, de trouver des opportunités permettant un bon fonctionnement des fonds négociables en bourse, connecter technologiquement les places boursières entre elles. Selon mon point de vue personnel, ce sont des choses qui prennent du temps. Nous y allons doucement car il faut prendre le temps de faire des choses, plutôt que de foncer droit devant et ne pas obtenir le moindre résultat.

 

 

Propos recueillis par Idriss Linge à Johannesburg

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