large_news_hakim-ben-hammouda Hakim BEN HAMMOUDA, Ministre tunisien de l’Économie et des Finances

 

De retour des assemblées annuelles du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale, en octobre 2014, la plupart des ministres africains des Finances se sont posé la question : comment croître par temps de crise ? Certes, le rythme de croissance des économies africaines en ferait rougir plus d’un. Au sud du Sahara, l’Afrique devrait finir l’année 2014 avec une croissance de 5,1 % et progresser en 2015 à une moyenne de 5,8 %. Un rythme nettement au-dessus de la croissance globale et plus particulièrement de celles des économies développées, voire des économies émergentes. L’Afrique du Nord, en dépit du soubresaut des transitions en cours, devrait finir l’année 2014 avec une croissance moyenne de 3 % et atteindre 4 % en 2015.

 

Mais malgré des résultats affichés par la plupart des pays du continent, on est en droit de se poser la question de l’avenir de cette croissance dans la région. D’autant plus que les grandes institutions internationales prévoient une forte baisse au niveau mondial, l’économie globale n’ayant clairement pas retrouvé le rythme de croissance qui était le sien avant la grande crise des subprimes des années 2008 – 2009. Dans la morosité ambiante, c’est l’Europe, notre principal partenaire économique, qui se porte le moins bien et pour laquelle beaucoup d’experts commencent à évoquer la crainte d’une déflation à venir. Une perspectives qui inquiète les experts économiques et assombrit un paysage politique marqué par la montée des extrêmes.

 

Ces perspectives sont d’autant plus inquiétantes que les grands pays cherchent à sortir des politiques accommodantes et flexibles mises en œuvre depuis la grande crise. La Réserve fédérale des Etats-Unis semble déterminée à mettre fin à la politique du quantitative easing (rachat massif de titres), qui se traduirait par une hausse rapide des taux d’intérêt. Les solutions appliquées par les autorités japonaises n’ont pas plus relancé la croissance au pays du Soleil-Levant que les politiques monétaires de la Banque centrale européenne n’ont réussi à le faire en Europe. Une ère de croissance faible semble donc se dessiner pour l’économie mondiale, qui, dans les années à venir, sera de moins en moins en mesure de tirer le développement de nos pays. Ou trouver les nouvelles forces motrices de la croissance pour notre région ?

 

Pour répondre à cette question, il faut souligner que nos économies regorgent d’importants gisements de croissance. Beaucoup des besoins de notre continent ne sont toujours pas satisfaits, alors qu’ils referment un important potentiel de création de richesse et d’emplois. C’est particulièrement le cas des infrastructures, qui ont connu un faible développement dans nos pays et pèsent aujourd’hui lourdement sur la compétitivité de nos économies. De nombreuses études ont mis l’accent sur la capacité des investissements dans ce domaine à porter la croissance future.

 

Plusieurs institutions internationales, dont la Banque africaine de développement (BAD) par le biais du fonds Africa 50, ont multiplié les initiatives pour encourager les investissements dans les infrastructures afin d’assurer une meilleure connexion des régions et réduire ainsi le fossé dans nos pays. La croissance par temps de crise passe par une redynamisation de notre marché interne grâce à l’investissement dans les infrastructures. Un choix qui permet non seulement de renforcer les dynamiques de croissance dans nos contrées, mais aussi de raffermir l’inclusion sociale et la stabilité.

 

 

« L’avenir en temps de crise », Hakim BEN HAMMOUDA, Ministre tunisien de l’Économie et des Finances, Jeune Afrique, Hors-Série n°39, « L’Afrique en 2015 », p.66.

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