Zambie / Zimbabwe. Près de 300 millions de dollars débloqués en moins de deux mois pour réhabiliter l’ouvrage en 2015, une efficacité inédite. C’est que, outre la production énergétique, la vie de 3,5 millions de personnes en dépend.

 

Kaviva. En langue tonga, le mot signifie « petit piège ». S’il désigne, comme certains le croient, le barrage Kariba franchissant le fleuve Zambèze, l’ironie est pour le moins cruelle. Cet ouvrage hydroélectrique est l’un des plus grands jamais conçus. Entre 1955 et 1959, sur les plans de l’ingénieur français André COYNE, la société italienne Torno Internazionale pose sur la rivière une retenue qui va contrôler 90 % de l’écoulement des eaux. Une fois son réservoir rempli, le lac s’étend sur quelque 180 km de long. Et la production électrique est à la mesure de la construction, voulue par le gouvernement de la Fédération de Rhodésie et du Nyassaland, ex-colonie et protectorat britanniques. La première partie, Kariba sud, développe une puissance de 750 mégawatts (MW), pour un investissement de 135 millions de dollars.

 

Aujourd’hui, le Zimbabwe gère ce côté, tandis que la Zambie assure le fonctionnement de la rive nord. Et la puissance des deux centrales dépasse respectivement 1 050 MW et 1 080 MW.

 

Une fourniture énergétique essentielle qui pourrait bien virer au cauchemar. Après cinquante ans de fonctionnement, le barrage de Kariba a vieilli. En mars 2014, les ingénieurs chargés de son inspection ont relevé une érosion importante. « Si l’investissement dans la réhabilitation du barrage n’est pas fait à temps, les dispositifs de sécurité clés ne pourront que se dégrader au fil du temps et ne répondront plus aux normes internationales. » Le propos était clair, kaviva, le « petit piège », menace en aval la vie de 3,5 millions de personnes sur les territoires de la Zambie, du Zimbabwe, du Malawi et du Mozambique. Sa rupture serait une catastrophe sans précédent.

 

Trois semaines de concertation

 

En octobre 2014, la Zambezi River Authority (ZRA), organisation mise en place pour gérer le bassin du fleuve Zambèze pour le compte des gouvernements de la Zambie et du Zimbabwe, accueille les représentants de la Banque africaine de développement (Bad), de l’Union européenne (UE), de l’ambassade de Suède en Zambie et du Groupe de la Banque mondiale. Il s’agit de finaliser les préparatifs de l’appui à la réhabilitation du barrage. On estime à plus de 290 millions de dollars le financement des travaux. Et la somme doit être trouvée en urgence. Cette fois-ci, les réunions ne semblent pas s’appesantir. Au terme de ces premiers entretiens, l’UE va mobiliser 100 millions de dollars, tandis que le Groupe de la Banque mondiale propose un financement de 75 millions. De son côté, la ZRA sollicite une aide de 75 millions de dollars auprès de la Bad, tandis que le gouvernement suédois envisage d’apporter 30 millions de dollars. Le reste du coût sera couvert par les fonds de contrepartie de la ZRA.

 

Les concertations n’auront duré que trois semaines. Le 17 décembre, la Banque mondiale annonce que la Zambie et le Zimbabwe ont obtenu des financements de 275 millions de dollars. « Les deux pays vont recevoir 100 millions de dollars de l’Union européenne, 75 millions de la Bad, 75 millions de la Banque mondiale et 25 millions de la Suède », détaille alors Kundhavi KADIRESAN, directrice des opérations de la Banque mondiale pour la Zambie, le Zimbabwe et le Malawi. Les sommes mises à disposition par l’UE, la Suède et une partie de celles de la Bad sont des dons. Les 75 millions de la Banque mondiale sont sous forme de prêts.

 

Les travaux vont donc pouvoir commencer et devraient prendre une dizaine d’années. Deux phases sont prévues. La première va consister à reconfigurer le bassin de dissipation, afin de limiter l’érosion qui sape les fondations de l’ouvrage. Cette partie du travail devrait s’achever en 2019. Par ailleurs, la remise à neuf du déversoir et de l’infrastructure associée permettra d’améliorer la stabilité et le fonctionnement du barrage. Cette réhabilitation sera terminée en 2023. Un second souffle pour le « petit piège ».

 

 

Roger CALME, Afrique – Asie – Avril 2015 «Syrie. Le pari perdu de l’Occident », p. 76.

 

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