Les sages indiens affirment qu’une dette, une plaie et le feu ne doivent jamais s’éterniser. Pour Ababacar Mbenge, HEC PhD, premier Agrégé en sciences de gestion d’Afrique francophone, et CEO de Knowdys Consulting Group, déchiffre « une affaire d’asymétries qui commande l’adoption d’une démarche stratégique globale. »

 

Contexte historique de la dette africaine

 

Pour le CEO de Knowdys , l’histoire de la dette africaine se noue entre la fin de la 2ème guerre mondiale et les premières années d’existence des Etats africains nouvellement indépendants. Cette histoire, poursuit-il, se joue dans la rencontre inégalitaire entre une offre de liquidités financières à la recherche effrénée de nouveaux débouchés et une demande immense de moyens d’assurer un développement économique et social.

 

L’excédent de liquidités provient du fait que les institutions de Bretton Woods (en particulier La Banque Internationale pour la Reconstruction et le Développement aïeule de l’actuelle Banque Mondiale) sont supplantées par Le Plan Marshall dans la reconstruction de l’Europe et doivent donc trouver de nouveaux marchés.

 

Cette pression est accentuée par l’arrivée massive des pétrodollars sur le marché financier dans les années soixante-dix. L’Afrique, continent riche des nombreuses matières premières indispensables à la reconstruction et à la croissance économique des pays du Nord, constitue un marché idéal. Nouvellement indépendants, les jeunes Etats africains manquent de tout. Leurs besoins d’investissements (infrastructures, structures de santé, d’éducation …) mais aussi de fonctionnement (paiement des fonctionnaires des jeunes administrations, en particulier des militaires et autres forces de l’ordre) sont immenses et urgents.

 

« Voilà donc un contexte dans lequel des prêteurs potentiels veulent coûte que coûte prêter à des emprunteurs potentiels dont les populations fraichement libérées de la domination coloniale aspirent irréductiblement au développement socio-économique » , décrit Mr Ababacar Mbengue ancien de l’HEC Paris. C’est là que pointe la première asymétrie et inégalité : alors que les uns se préoccupent fondamentalement de développement, les autres pensent intrinsèquement à des placements financièrement lucratifs.

 

Conditions de contraction de la dette africaine

 

L’asymétrie initiale dans les objectifs a conduit les pays du Nord et les institutions de Bretton Wood à pousser à la faute de jeunes Etats africains aussi inexpérimentés qu’ils étaient exposés à des urgences capitales comme nourrir, loger, soigner ou éduquer leurs populations. Le CEO de Knowdys dévoile que diverses techniques de pression et de persuasion ont alors été mises en œuvre pour obtenir la vente plus ou moins forcée de nombreux projets de développement. Des hommes politiques, des agents spéciaux, des spécialistes de la négociation et du marketing se sont chargés de placer les projets. Souvent surdimensionnés, n’ayant fait l’objet d’aucune expertise sérieuse encore moins d’une contre-expertise par les pays africains bénéficiaires qui ne le maîtrisaient en aucune manière, ces projets dont beaucoup ont été connus sous l’appellation d’éléphants blancs avaient pour vocation principale d’employer et de rémunérer de manière extrêmement lucrative les excédents de liquidités des pays et institutions financières du Nord. Qui plus est, la dette servait essentiellement à faire travailler et à rémunérer des entreprises issues des pays prêteurs, c.-à-d. que les pays africains s’endettaient pour enrichir les pays du Nord.

 

Responsabilités des prêteurs et des emprunteurs

 

Le fondateur du Master « Management en Afrique » dans les universités de Reims et d’Ouagadougou soutient mordicus que si les dirigeants africains ayant contacté la dette de leur pays ont une certaine responsabilité, elle est sans commune mesure avec celle de ceux qui ont procédé aux ventes plus au moins forcée des projets de développement clés-en –mains et des emprunts qui leur étaient associés. « Les prêteurs, il, étaient nettement plus informés et outillés que les emprunteurs qu’ils littéralement poussées à la faute. »

 

Bien entendu, des dirigeants africains véreux ont pu profiter à titre personnel du dispositif. D’autres, plus vertueux, s’y sont opposés. Beaucoup parmi eux y ont perdu le pouvoir, voire la vie. De manière indiscutable, la responsabilité ultime est du côté des inventeurs de ce dispositif proprement criminel. « Quel est véritablement le pouvoir de négociation de l’arbre vis –à- vis du bûcheron qui tient la hache ? » s’interroge celui qui est présenté par la communauté universitaire comme l’un des brillants stratèges africains de sa génération.

 

Que doivent faire les Africains maintenant ?

 

 

Pour Mr Ababacar Mbengue, « on peut commencer par ce que les Africains ne doivent pas faire. Passer le temps à attendre que les solutions aux problèmes de l’Afrique viennent des autres. Passer le temps à discuter les intentions et la prestation des acteurs que sont les pays et les institutions économiques et financières du Nord, voire des pays émergents au premier rang desquels la Chine, l’Inde, le Brésil, la Russie, la Turquie, ect… »

 

Au contraire, les pays africains doivent se positionner comme des acteurs jouant les premiers rôles dans le film mondial, d’autant plus que les scènes principales du film mondial se déroulent désormais en Afrique et concernent au premier chef les Africains. «  Les institutions de Bretton Wood, avertit l’ancien du Prytanée militaire de Saint Louis du Sénégal, n’ont pas été conçues au profil de l’Afrique. Les Africains n’étaient pas présents lors de leur mise en place. Il est tout à fait insensé pour les Africains de porter cette absence ou exclusion initiale comme une sorte de péché original à expier et à faire expier à toutes les générations africaines à venir ! L’esprit stratégique basique commande de s’affranchir de ce dispositif et de mettre en place un dispositif alternatif conçu dès l’origine dans l’esprit d’un (grand) dessin africain. »

 

Pour la communauté des pays africains , conclue Mr Ababacar Mbengue, , il s’agit de viser l’objectif ambitieux d’émancipation et de déploiement de l’Afrique, d’être intrinsèquement déterminé à attendre cet objectif ultime, et développer une culture de l’effort et de l’apprentissage continus afin de se donner les meilleures chances d’atteindre l’ambitieux objectif au nom des générations futures.

 

Source / Afrique Diligence

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