En alliage, dans le secteur de l’aéronautique, de l’énergie, des activités marines ou encore de la chimie, le titane, qui s’obtient à partir du rutile, est du genre polyvalent. Et les industries occidentales le consomment en quantité croissante. Résistance à la corrosion, à l’abrasion, pigments blancs de haute qualité (TiO2), on le décline à l’infini L’Afrique peut donc largement profiter de cette consommation. Tout simplement grâce à ses gisements, les plus importants de la planète. On le savait pour la Sierra Leone, on le découvre aussi ailleurs, comme au Cameroun ou au Mozambique. Et les investisseurs étrangers l’ont bien compris. Venus du Canada, des États-Unis ou de France, à l’image d’Eramet au Sénégal, en joint-venture avec les Australiens de Minrela Desposits Limited (MDL). Joli gâteau en perspective !

 

Exploitation d’un des plus grands gisements naturels de rutile par la société Sierra Rutile Ltd, au sud-ouest de la Sierra Leone.

En Sierra Leone, depuis la fin de la guerre, l’exploitation du minerai a repris toute son importance. Ici, l’entreprise la plus en pointe est américaine et elle a bénéficié d’un sérieux coup de pouce en 2003. La Sierra Rutile Limited (SRL) a reçu de la part de l’Opic (un office qui assure les investissements des entreprises américaines) une garantie de 25 millions de dollars pour la reprise de son activité. A lui seul son premier site assurait, avant 1995, 25 % de la production mondiale de rutile et représentait la principale source de revenus du pays. Il y a deux ans, sa production était remontée à plus de 25 000 tonnes, en progression annuelle de 21 %. Mais d’autres sites entrent aussi en phase d’exploitation. Selon John SISAY, directeur exécutif de Sierra Rutile, «de récentes études de préfaisabilité ont estimé à 83 400 tonnes la production moyenne annuelle de rutile à Gangama Dry, contre 46 000 tonnes d’ilménite et 9 500 tonnes de zircon concentré sur plus de six ans. » A cela, il faut encore ajouter Lanti Dry, 41 millions de dollars d’investissements, qui ne cesse d’augmenter sa production.

 

Augmentation de 40 % au Mozambique

Même élan d’ailleurs au Cameroun ou le gisement d’Akonolinga nourrit les plus grands espoirs. Selon les géologues, ce site qui s’étend sur 30 000 km2, dans la région Centre, aurait un potentiel estimé à 300 000 millions de tonnes. Ce qui ferait la deuxième réserve mondiale après celle de Sierra Leone. Une histoire ancienne d’ailleurs que l’extraction du rutile dans ce pays. « Entre 1935 et 1955, le Cameroun a été le troisième producteur mondial, expliquait en 2011 Paul Ntep GWETH, coordinateur du Cadre d’appui et de promotion de l’artisanat minier (Capam). A cette époque, l’activité était essentiellement destinée à la production d’explosifs. La guerre terminée, la production a cessé. Mais elle est prête à redémarrer. » Ce sera chose faite dès 2015. Le gouvernement vient de lancer un appel d’offres international en vue de l’attribution du titre minier. Le gisement est considérable, mais l’entreprise devra aussi avoir les reins solides. On lui demande un résultat d’exploitation annuel de 75 milliards de francs CFA (114,33 millions d’euros) sur les cinq dernières années et une grosse expérience sur les projets miniers intégrés. Cela dit, l’obtention du titre en vaut la chandelle. La demande mondiale augmente chaque année d’environ 4 % à 5 %. Et même les hausses de prix, souvent brutales, ne semblent pas restreindre la demande.

 

D’autres pays africains se lancent dans les explorations. Le cas du Kenya qui a écoulé en avril 2014 ses premières cargaisons depuis Mombassa et Likoni Base Ressource Ltd annonçait avoir expédié 7 000 tonnes. Dans un communiqué, ils déclaraient : « Les opérations de la mine de Kwale ont franchi l’étape d’un projet en construction pour celle d’une mine exploitant différents minerais (rutile, zircon…) bien définis. » La production est encore modeste, l’exploitation datant d’à peine trois mois, mais Kwale annonce aussi un fort potentiel. Au Mozambique également ou opère le groupe irlandais Kenmare Resources. En 2013, sur le seul premier trimestre, la production augmentait de 40 % et dépassait les 86 000 tonnes. Qu’il s’agisse des emplois générés ou des revenus liés à cette exploitation, nombreux sont les pays à pouvoir en bénéficier. A condition, bien sûr, que les contrats miniers soient en adéquation. Gagnant-gagnant !

 

«Une mine rutilante», Roger CALME, Afrique – Asie – Février 2015 «Qui peut arrêter Boko Haram ? », p. 82.

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