Tony ELUMELU, l’une des premières fortunes du Nigeria et promoteur de “l’Africapitalisme”. Pour cet économiste nigérian, la croissance de l’Afrique passe par la promotion de l’entrepreneuriat à travers le continent.

 

En 2015, l’entrepreneur africain fera son entrée sur la scène internationale, alors que la nouvelle génération est en train de montrer au monde ce que nous qui faisons des affaires en Afrique savons depuis longtemps : notre continent abrite certains des chefs d’entreprise les plus innovants et les plus passionnants de la planète.

 

Depuis les systèmes de paiement par téléphone mobile, jusqu’aux nouveaux modèles d’assurance agricole, le dynamisme des entreprises transforme déjà l’Afrique. Mais ici la croissance économique n’est pas tout. Ce n’est peut-être même pas le principal. Les entreprises importent avant tout parce qu’elles transforment la société.

 

Pendant des siècles, le continent a été appauvri du fait de l’exploitation des matières par les puissances coloniales, raison pour laquelle l’Afrique n’a pas pu prospérer, contrainte qu’elle était d’acheter à prix d’or des produits manufacturés crées avec des ressources africaines. Elle ne disposait pas d’infrastructures de base, si ce n’est de routes et de ports pour les exportations. Si l’Afrique veut clore ce chapitre de son histoire et réaliser son potentiel économique, elle doit d’abord devenir autosuffisante – et sur ce point le secteur privé est vital.

 

Imaginez le même continent couvert d’entreprises qui transforment le pétrole brut en pétrole raffiné, les fèves de cacao en chocolat et les fibres de coton en tissu, tout cela en percevant la valeur ajoutée des produits finis, au lieu d’envoyer ses richesses à l’étranger. Le terme « africapitalisme » décrit le processus de transformation d’investissements privés en richesse sociale. Comme les entreprises locales répondent aux besoins sociaux et économiques en créant des biens et des services avec une compréhension naturelle de l’environnement local, elles peuvent injecter des capitaux privés dans des infrastructures vitales comme celles du transport routier ou de la génération d’électricité. Et elles peuvent créer des emplois pour les Africains, ce qui a terme donnera naissance à une classe moyenne africaine – une nouvelle génération de consommateurs africains.

 

L’énergie et l’inventivité des entreprises nous permettront également de résoudre des problèmes sociaux graves en adoptant de nouvelles approches. Pour reconnaître à leur juste valeur les immenses retombées que ces nouvelles méthodes peuvent avoir, nous offrons 100 millions de dollars (80 millions d’euros) à 10 000 entrepreneurs de toute l’Afrique dans le cadre du Tony Elumelu Entrepreneurship Programme, qui sera lancé prochainement. En démocratisant l’accès aux chances, et en valorisant le talent des jeunes Africains, ce programme vise à « institutionnaliser le chance » – un facteur clé dans la réussite de tout entrepreneur.

 

Les jeunes chefs d’entreprises, et ceux qu’ils inspirent, sont les forces vives de l’ascension de l’Afrique. Simdul SHAGAYA, un entrepreneur en série du Nigeria, a créé une première entreprise de vente d’espaces publicitaires sur les routes à péage de Lagos avant de la céder pour fonder Konga, un grand site de commerce en ligne nigérian. Pour ce faire, M. SHAGAYA a introduit des innovations qui permettent de dépasser les limites du Nigeria en matière de paiement en ligne et de livraison postale en porte-à-porte.
Funke OPEKE a abandonné une riche carrière dans les télécoms à New York pour participer, avec son entreprise MaineOne, à la construction de 7 000 kilomètres de câbles sous-marins en fibre optique entre le Portugal et la côte d’Afrique de l’Ouest. Résultat : l’augmentation du débit a un vigoureux impact sur l’économie de toute la région.

 

Ces entrepreneurs nous promettent des choses qui vont bien au-delà du domaine économique. Ils transforment l’Afrique. Ils sont déjà engagés dans des discussions avec les dirigeants africains sur des questions politiques, notamment dans le but de rationaliser les procédures administratives pour permettre aux Africains de fonder plus rapidement de jeunes pousses.
Et leur influence va aussi au-delà des frontières du continent. Lors du sommet États-Unis – Afrique qui s’est tenu en août à Washington, Takunda CHINGONZO, un entrepreneur de 21 ans originaire du Zimbabwe, a évoqué avec Barack OBAMA les répercussions des sanctions américaines pour les chefs d’entreprises zimbabwéens, et a obtenu des présidents des États-Unis la promesse qu’il réexaminerait la question. Ce jour-là, M. CHINGONZO a bel et bien prouvé que les jeunes patrons africains peuvent changer la donne.
Nourrie par une classe d’entrepreneurs forts et socialement conscients, la croissance économique va transformer l’Afrique à tel point que, à côté, les résultats de la vieille politique de développement du continent, axée sur l’aide, auront l’air d’une goutte d’eau dans l’océan.

 

 

«L’ascension de “l’africapitalisme” », Tony ELUMELU, The Economist, hors-série « Le monde en 2015 », Décembre 2014-février 2015, p.45.

 

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