« Les emprunts des pays subsahariens s’accélèrent. Une hausse des taux pourrait être fatale. »
L’Afrique est le continent qui a le taux de croissance le plus élevé de la planète. Et ce qui y a augmenté le plus vite, c’est la dette – celle des particuliers, des entreprises et des gouvernements. Aussi, en 2015, l’Afrique et ses bailleurs de fonds commenceront à se demander avec inquiétude si cette dette n’est pas en train d’atteindre des niveaux incontrôlables. D’Omaha à Zurich, les investisseurs affamés s’arrachent les obligations d’Etat émises par certaines des « économies frontières » les plus marginales du monde, souvent libellées en devises locales.

EX : En 2014, des pays comme le Sénégal, la Côte d’Ivoire (moins de cinq ans après que son gouvernement a fait défaut) et la Zambie ont émis pour 1 milliard de $ (800 millions €) d’obligations, toutes étant sur-souscrites. Celle du Kenya, qui ont atteint le chiffre record de 2 milliards de $, ont été sur-souscrites quatre fois.

Ces emprunts d’État sont de gigantesques paris sur la croissance africaine. D’autres paris vont suivre avant que le jeu ne prenne fin. Cette fièvre obligatoire, apparue en 2007 et alimentée par la soif de rendement des investisseurs dans l’économie d’après-crise, durera probablement jusqu’à ce que les taux d’intérêt et les retours sur investissement dans le reste du monde commencent à revenir à la normale.
Mais, quand ce moment arrivera, les bailleurs de l’Afrique méditeront peut-être sur la façon dont l’Histoire se répète, notamment dans les économies cycliques, dépendantes des ressources extérieures. Par le passé, le continent a déjà été profondément endetté, et il risque fort de l’être à nouveau. Autrefois, l’Afrique empruntait aux bailleurs institutionnels : les gouvernements, la Banque mondiale, la Banque africaine de développement et le Fonds monétaire international. Aujourd’hui, la plupart des fonds qu’elle perçoit proviennent de bailleurs privés. Or, quand un gouvernement en difficulté a besoin de rééchelonner sa dette ou d’emprunter en remboursant moins, en règle générale, les bailleurs institutionnels se montrent accommodants ; les bailleurs privés, eux, le sont moins.

Quand les taux d’intérêt et les rendements obligatoires à long terme des économies développées redécolleront, les bailleurs privés auront moins d’égards pour l’Afrique. Ils exigeront probablement des rendements bien plus élevés que ce que rapportent aujourd’hui les nouvelles obligations africaines, publiques comme privées, s’ils ne refusent pas tout bonnement d’acheter leurs titres.
Beaucoup dépendra de la santé financière de l’Afrique. La situation actuelle ne laisse présager rien de bon : alors que l’Afrique subsaharienne a affiché un excédent budgétaire pendant une bonne partie de la dernière décennie, elle est aujourd’hui en déficit, les gouvernements ayant dépensé beaucoup d’argent en salaires, subventions et infrastructures, en dépit de la chute des cours des matières premières et de leurs revenus fiscaux. Certains pays, comme le Ghana et la Tanzanie, présent des déficits qui dépassent 10% de leur PIB. Les investisseurs qui rachètent la dette mondiale seront prêts à tolérer de tels chiffres tant que les investissements ailleurs dans le monde ne leur rapporteront que des clopinettes. Il se peut que ce soit toujours le cas en 2015. Il est également possible que les dépenses des gouvernements africains chutent soudainement. Peut-être enfin que les cours des matières premières dont dépend l’Afrique repartiront brusquement à la hausse. Mais il ne faut pas trop compter sur une de ces possibilités.

« Une crise de la dette annoncée », Richard WALKER, Journaliste Free-Lance, The Economist, hors-série « Le monde en 2015 », Décembre 2014-février 2015, p.44.

 

Articles similaires